L'ADN a parlé. Sans cette empreinte génétique, l'enquête de la PJ aurait patiné encore longtemps avant de parvenir à mettre un nom sur les morceaux de cadavre, découverts dispersés dans des sacs poubelles à Cournon. Dès l'ADN analysé, les enquêteurs ont disposé d'un élément déterminant pour interroger le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG).
C'est grâce à ce fichier que la PJ a pu reconstituer le puzzle macabre. Avec pour pièce principale le nom de la
victime, fichée parce que coupable de meurtre en 1997.
Ballotée de foyer en foyer
Elle s'appelle Régine Mazurais. Elle est née le 27 mars 1965 à Harfleur, en Seine-Maritime. Dès sa naissance, elle est placée, ballottée de foyer en foyer, d'institution en institution jusqu'à sa majorité. « Dans de telles conditions, il est difficile de parvenir à une structuration harmonieuse de sa personnalité », expliquent ses psychiatres. Ses proches confirment : « Elle est fragile, instable, souffre de troubles du comportement relevant de la psychiatrie ».
Une première maternité ne la stabilise pas pour autant: son fils est confié au père. En 1994, au Havre, elle rencontre Fabrice Marie, toxicomane, accro aux drogues dures, addict à l'alcool. Il a 27 ans, il est père d'une petite fille de 8 ans, née d'une précédente liaison et dont il a la garde depuis la séparation. Fabrice et Régine se mettent en ménage et s'installent dans un appartement au 9 de la rue Léontine, dans le quartier de La Soquence, au Havre.
Très rapidement, des disputes éclatent. De plus en plus violentes, de plus en plus fréquentes, déplorent les voisins de l'immeuble : « Les objets volaient dans les pièces. Les vitres n'ont pas résisté, elles étaient calfeutrées avec du plastique ».
Au fil des ans, selon l'enquête de nos confrères de Paris-Normandie, les relations avec le voisinage se dégradent : « Ils nous insultaient l'un comme l'autre régulièrement. La vie était devenue impossible dans l'immeuble. Ils semaient la terreur dans la cage d'escalier ».
La naissance d'une petite fille au début de l'année 1997 n'a pas pour autant apaisé les tensions au sein du couple. Au contraire. « Fabrice Marie doutait de sa paternité », prétendront des amis. Et les querelles sur le sujet s'amplifient. Jusqu'au drame, le 2 mai 1997. Ce vendredi-là, dans l'après midi, une énième dispute oppose dans leur appartement les deux concubins. La jeune femme, en état d'ivresse, prend un couteau et poignarde en plein coeur Fabrice Marie. Le jeune homme est mort à l'arrivée des secours.
Les policiers havrais, alertés par les voisins, interpellent sans difficulté Régine Mazurais. Elle est restée sur les lieux du drame : « Elle ne supportait plus la vie commune avec Fabrice, elle voulait rompre, partir avec sa petite fille », aurait-elle déclaré aux enquêteurs.
Le 5 octobre 1999, à Rouen, elle est condamnée à quinze ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Seine-Maritime.
Libérée en mai 2007
Incarcérée au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, elle est remise en liberté le 8 mai 2007. Elle prend la route, sillonne la France entière, va de foyer en foyer d'accueil, s'installe dans sa marginalité.
Et puis, l'été dernier, à Mont-de-Marsan, elle rencontre un homme, le suit par amour jusqu'à Romagnat (Puy-de-Dôme). À Romagnat où, à 44 ans, elle meurt, lardée de plusieurs dizaines coups de couteau. Portés par cet homme qu'elle aimait et qui est aujourd'hui suspecté d'être son meurtrier...
Par ailleurs, l'enquête semble bien avancer puisque son dernier compagnon et deux autres hommes sont en garde à vue depuis mardi 10 novembre 2009 dans les locaux du SRPJ de Clermont-Ferrand , confirme Jean-Yves Coquillat, le procureur de la République.


